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           CHEN GUOFU

 

Chen Guofu est le maître référent de l’association La Grande Ourse depuis 2005, lors d’une rencontre mémorable à Shanghai. Maître sans école, il est pourtant sans conteste un des maîtres de sa génération des plus discrets mais des plus respectés et influents.

Vénérable Membre du conseil de la Chin Woo (la célèbre école d’arts martiaux de Shanghai fondée en 1910 par Huo Yuanjia), il fait autorité pour tous les styles majeurs de taichichuan : Membre permanent de l’Association du taichichuan de style Chen à Shanghai, Membre de l’Association Yongnian (l’année éternelle) du taiji de style Yang, Conseiller de l’Association chinoise pour l’étude et le développement du style Wu Hao, Membre de l’Association pour l’étude du taiji de style Sun de Pékin.

Son parcours est atypique, dans la mesure où il a suivi, au gré de sa vie, les enseignements des maîtres majeurs dans les cinq styles les plus importants de taichichuan (selon la classification de Gu Liuxin). Il en a recueilli une immense compétence, mais aussi une réflexion toute en nuances et en ouverture d’esprit.

Né en 1934 dans la province du Zhejiang en bord de mer, il commence très tôt, à l’âge de 7 ans, la pratique des arts martiaux dans le contexte local. Il fait des études secondaires qui le conduisent à Shanghai. Il commence son apprentissage du taichichuan en 1949 par le style Wu de Wu Jian Quan avec Maître Wu Ying Hua.

Wu Ying Hua (1907 – 1996) est la fille du fondateur du style Wu, Wu Jian Quan, et épouse du célèbre et facétieux Ma Yueh Liang (1901 – 1998).

Chen commence ensuite l’étude du style Yang de 1951 à 1953 avec Tian Zhao Lin et Fu Zhong Wen. Il restera fidèle toute sa vie à la Yongnian fondée par ce dernier.

Le début des années cinquante bouleversant le paysage culturel chinois, la famille Yang se disperse et va propager nombre d’écoles en Chine et au-delà. A Shanghai, Tian Zhao Lin (1891 – 1960), protégé par son statut de simple employé,  peut continuer l’enseignement du taichichuan. Tôt orphelin, il fut accueilli et élevé par Yang Jian Hou, le fils de Yang Lu Chan, fondateur du style éponyme. Il est ainsi le cadet de la fameuse troisième génération de la famille Yang, avec les deux fils de Jian Hou, Yang Shao Hou (1862- 1930) et Yang Chen Fu (1883 – 1936), trio auquel il faut joindre Zhang Qin Lin (1888 – 1967). Tous les quatre furent initiés, dit-on, aux « secrets » de la famille Yang qui ont, par ailleurs, engendré le Yangjia Michuan. Fu Zhong Wen (1903 – 1994) disciple majeur de Yang Chen Fu restera toute sa vie un peu comme le « gardien du temple » du style Yang à Shanghai.

Ayant terminé ses études de technique hydrologique, Chen est nommé à Pékin en 1953. Il rejoint alors l’école de style Chen et devient élève de Chen Zhao Kui.

Chen Zhao Kui  (1928 – 1981) est un pur « produit » de Chenjiagou, le village considéré comme le berceau du taichichuan. Dernier fils du Grand Maître Chen Fa Ke, il suit son père tout au long de son parcours. Après avoir quitté Chenjiagou, il mène les enseignements à Pékin, puis à Shanghai sur l’invitation de Gu Liu Xin, où il fonde l’Association du Taichichuan de style Chen. Il transforme sensiblement le style, ce qui fait dire aux pratiquants de Chenjiagou qu’il s’agit d’un « nouveau style », ce qu’il réfute. Néanmoins, une stèle lui est érigée dans le sanctuaire d’origine.

Chen rencontre alors des élèves de Sun Lu Tang (Li Yu Lin & Wang Xi Kui) qui l’orientent vers Sun Jian Yun.

 Sun Jian Yun (1914 – 2003) est la fille de Sun Lu Tang (1860 – 1933), le fondateur du style éponyme. Madame Sun est restée la fidèle gardienne de l’enseignement de son père. Sa notoriété grandit elle aussi grâce à Gu Liu Xin qui lui confère sa place de tenante légitime de l’art paternel, confortée par les adeptes du style que son père avait formés en plusieurs endroits (Nankin, Shanghai en particulier) même si nombre d’entre eux ont disparu en raison du contexte politique.

De 1956 à 1960, Chen rend visite presque quotidiennement à Madame Sun. Elle habite alors dans la maison de famille du vieux Pékin, au 5 de la ruelle du Fil de coton. Elle sort très peu de chez elle, y vit très chichement, en vendant ses peintures d’inspiration traditionnelle. Chen laisse entendre qu’il l’a aidé économiquement. Il dit aussi que cet apprentissage auprès de Madame Sun a été la grande chance de sa vie, même si elle était très sévère avec lui, son unique étudiant de l’époque.

            En 1960, Chen est muté à Shanghai pour travailler au Ministère de l’Industrie de la Chine de l’Est. Il renoue avec la famille Yang puis retrouve Chen Zhao Kui que Gu Liu Xin a appelé à Shanghai. Il conforte ainsi ses connaissances dans les styles Yang et Chen puis, sur la recommandation de Madame Sun, rejoint Hao Shao Ru dans son école naissante.

            Hao Shao Ru (1907 – 1983) est le troisième Hao de la lignée directe du style Wu  (de Wu Yu Xiang) – c’est pourquoi on dit aussi style Wu Hao- C’est encore grâce à Gu Liu Xin que Hao – et le style Wu-  est sorti de l’oubli.  Il peut fonder une école à Shanghai en 1962, publier un ouvrage et former des élèves. Chen Guo Fu sera des premiers, avec Pu Gong Da, Liu Ji Tsun et Li Wei Ming.

            Chen est resté fidèle à Hao jusqu’à la mort de celui-ci, tout en gardant des liens avec Sun Jian Yun. C’est pourquoi il a cultivé les deux styles, Wu et Sun, avec grande application. Il a été reconnu, lors des premières rencontres « des deux rives du détroit », c’est-à-dire de la Chine continentale et Taïwan, comme le digne représentant de ces styles, en en recevant la médaille d’or honorifique. D’autre part, il a gardé des liens avec la Yongnian du style Yang, et, au sein de la Chin Woo, avec le style Chen.

            Chen Guo Fu, pris par son travail, sa famille, et sa pratique personnelle, n’a jamais eu vocation à fonder sa propre école. Néanmoins, il est intervenu très fréquemment, en particulier à la Chin Woo, pour former et conseiller. Il a également encadré des groupes dans les styles Sun et Wu, ainsi qu’à l’épée, arme qu’il affectionne particulièrement. Depuis les années 2010, hormis ses visites à la Grande Ourse, il se consacre à des cours de qigong dans un parc près de chez lui, sans oublier ses rencontres hebdomadaires à la Chin Woo avec ses vieux amis.

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