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La symbolique du Nombre Cinq (2)

Regardons maintenant l’« intérieur » du nombre Cinq : on voit que sa structure est également équilibrée et harmonieuse. Il faut, pour cela, sortir de son écriture en chiffre arabe, et considérer sa représentation géométrique, en la visualisant, par exemple, comme le Cinq d’une face de dé.

 

            On distingue alors un point central et quatre points périphériques. Ils n’ont donc pas la même « valeur » dans l’« arrangement » (pour reprendre le terme de Marcel Granet). Le point central est au milieu comme le Cinq était au milieu des neuf chiffres. Les quatre autres, sont « autour » de lui, ils en dépendent d’une certaine façon, et le « nourrissent » d’une autre façon.

Cette structure, un centre et quatre directions, est celle qui s’impose pour avoir une représentation ordonnée de l’espace et du temps. Elle sert en outre de rapport entre les différents domaines qui y trouvent ordre et harmonie. Ainsi peuvent s’établir des correspondances entre les points cardinaux, les saisons, les heures du jour, les phases de la lune, les éléments, les couleurs, les saveurs[1], les caractères, le corps humain, etc. jusqu’aux techniques martiales et même aux styles de taijiquan[2].

C’est à partir de ce Cinq (quatre + un, ou plutôt un et quatre) que l’on élabore des appariements entre éléments, saisons, couleurs ou animaux (voir le Jeu des Cinq Animaux).

Espace et temps s’organisent ainsi :

- Nord - Hiver - Minuit - Nouvelle lune,

- Est - Printemps - Lever du soleil - premier quartier de lune,

- Sud - Eté - Midi - Pleine lune,

- Ouest – Automne - Coucher du soleil - dernier quartier de lune.

            Le cinquième pôle est évidemment central et constitue l’axe de rotation. On note également que la structure terrestre est fixe tandis que la structure céleste est mobile et doit donc être envisagée dans ses dynamiques (mouvement du soleil diurne, de la lune selon le mois lunaire, des saisons).

Le symbolisme du yin-yang s’inscrit dans ce cycle en quatre phases, lors de son dédoublement initial : petit yang, grand yang, petit yin, grand yin (le grand yin correspondant au Nord et à l’hiver, le petit yang à l’Est et au printemps, le grand yang au Sud et à l’été, le petit yin à l’Ouest et à l’automne)[3].

 

 

Les cinq éléments sont régis par ce même agencement : « L’ordre des Éléments, quand ils se succèdent les uns aux autres, n’est point absolument arbitraire. Il y a quelque cohérence dans les métaphores des Chinois qui disent : l’Eau produit le Bois (en lui donnant sa sève) ; le Bois produit le Feu (qu’il alimente); le Feu produit le Métal (qu’il dégage du minerai) ; le Métal produit l’Eau (puisqu’il peut se liquéfier). »[4]. C’est ce qui est appelé le cycle de l’engendrement. On y voit les fondamentaux des principes alchimiques : tout se transforme, et tout se transforme en disparaissant pour engendrer ; le métal, dernier élément doit revenir à la liquéfaction (principe du mercure alchimique). On remarque aussi que l’élément Terre n’est même pas cité. La Terre est l’élément central qui est le creuset de tous les autres.

Il y a bien entendu de nombreuses variantes du cycle de l’engendrement et du cycle de la destruction. La médecine traditionnelle s’appuie sur des schémas eux aussi variables pour théoriser les liens entre les viscères, les humeurs, et toute la pharmacopée. Les plus usitées délaissent le schéma originel du Cinq en tant que « un + quatre » pour envisager le Cinq dans un pentagramme ou une étoile à cinq branches. Ces versions du Cinq en pentagramme n’excluent pas celle, originelle, que nous avons décrite. Elles donnent un autre reflet, un autre angle de vue. Le problème est que si on en reste à celles-ci, on peut faire des approximations ou des confusions. Par exemple, ne comprendre la Terre que comme un élément égal aux autres évacue sa symbolique première et peut engendrer des erreurs tant de conception théorique que de mise en application lors de la pratique physique.  Ou bien vouloir faire rentrer les quatre saisons dans une étoile à cinq branches pousse à imaginer une cinquième saison que l’on va coincer entre deux autres pour un déséquilibre patent et une méprise malencontreuse[5].

JJS 2024


[1] Voir l’Eloge de la fadeur, François Jullien, Éditions Philippe Picquier, 1991.

[2] Les techniques de base du taijiquan sont au nombre de quatre actives (peng, lü, ji, an : parer, tirer en arrière, pousser, presser) et une centrale (zhong ding : garder le centre). Et quand, à une époque récente (aux débuts de la République Populaire de Chine), on demanda à Gu Liuxin d’établir un répertoire officiel des styles de taijiquan, il en choisit cinq (Chen, Yang, Wu Hao, Sun et Wu).

[3] Yin Yang, la dynamique du monde, Cyrille J-D Javary, Albin Michel, 2018.

[4] Marcel Granet La pensée chinoise p. 206.

[5] Malheureusement, des versions bien plus fantaisistes encore circulent dans des ouvrages ou des sites internet.

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