Chevaucher le tigre (1), les carnets de JJS, page 85
les carnets de JJS, page 85
Chevaucher le tigre (1)
Nombre de pages de carnet ont été consacrées à l’Ours et à l’Ourse. Le Tigre attend son tour et nous allons lui faire la part belle. Dans la méthode du Jeu des Cinq Animaux, selon son agencement symbolique traditionnel, le tigre a bien sa place après l’ours, donc il est temps de s’intéresser à lui*.
Commençons, en tant qu’introduction, par nous interroger sur une posture de taichichuan bien connue, que l’on rencontre dans la plupart des styles, à la même place, celle du lien entre les trois parties distinctes des enchaînements dits en 108 postures.
Son nom en pinyin est bao hu gui shan. En français, on a plusieurs traductions à notre disposition. Alors s’agit-il d’embrasser le tigre et le renvoyer dans la montagne ? Ou alors juste reporter le tigre à la montagne ? Ou plutôt enserrer le tigre et retourner à la montagne ? On peut décliner nombre de variantes, et on ne s’en prive pas dans nos sphères avisées, mais que faut-il comprendre ?
En nous attardant un peu dans une sinologie sommaire, on a affaire aux quatre termes suivants : Bào Hǔ Guī Shān. Hǔ, c’est le tigre, pas de problème, Shān, c’est la montagne, pas de problème non plus. Bào, c’est l’idée d’attraper dans ses bras. Quant à Guī, il s’agit bien de retourner, mais aussi de faire corps avec, se regrouper.
Si on revient sur les dénominations les plus communes, de deux choses l’une, soit on attrape l’animal et on le balance dans les hauteurs, soit on l’écrabouille et on remonte solitaire vers sa grotte favorite. Dans le premier cas il faut une sacrée puissance de propulsion, dans le second on a des bras d’acier et un mental d’ascète.
Tout ça n’est pas bien sérieux et on s’éloigne des principes du taichichuan pour aller du côté des athlètes. Alors au lieu de se perdre dans des bisbilles de sinologues amateurs, partons plutôt du mouvement lui-même pour identifier la subtilité de la posture. Pour aller dans la montagne (le dernier des quatre termes), c’est-à-dire gravir un échelon dans la quête de l’intime, il ne s’agit pas de combattre le tigre, ni de s’en séparer. Il s’agit, au contraire, de se servir de sa puissance, de sa souplesse et de sa vélocité pour qu’il nous y embarque, vers la montagne ! C’est pourquoi il est impérieux de bien l’embrasser, c’est à dire l’agripper et se coller à son dos pour s’unir à lui et gagner les sommets. Mais le tigre est un animal dangereux et il est périlleux de s’accrocher à lui, surtout si on lâche sa prise !
Jetons maintenant un coup d’œil sur une expression collatérale qui peut nous éclairer. Chevaucher le tigre est une expression qui apparaît dans d’autres contextes que la pratique martiale. Elle correspondrait bien à cette relation à l’animal induite dans la posture que nous analysons. L’apposition des deux idéogrammes qí hǔ correspond à cette idée d’être bien scotché sur le dos du félin et de prendre bien garde à ne pas en descendre. La traduction habituelle par Chevaucher le tigre est ainsi tout à fait pertinente.
Elle est souvent associée aux deux termes nán xià pour un proverbe que l’on peut interpréter ainsi : « Quand on chevauche le tigre, on ne doit pas en descendre ! »
qí hǔ nán xià : Cette maxime peut être analysée de plusieurs façons selon le contexte et on va s’y atteler, sans oublier de consulter l’ouvrage éponyme de Julius Evola, ni de revenir in fine à la superbe posture de taichichuan.
*voir mon ouvrage de référence « Qi Gong, le jeu des cinq animaux ». JJ Sagot











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