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Le nombre Huit dans les arts martiaux chinois, les carnets de JJS, page 66

les carnets de JJS, page 66


Le nombre Huit dans les arts martiaux chinois


Le nombre Huit est, nous venons de le voir, un symbole essentiel dans les origines de la conception cosmogonique en Chine. C’est pourquoi nous pouvons le retrouver un peu partout dans les multiples aspects de la culture chinoise.


Prenons ceux qui concernent les arts corporels (wushu, taichichuan, qi gong, etc…).

Les fondamentaux du taichichuan sont ordonnés autour d’un centre et disposés comme une rose des vents dans les huit directions. Huit postures sont ainsi considérées comme postures de base, quatre dans les directions cardinales, quatre dans les directions obliques.


Voici ce que dit Wu Yuxiang aux alentours des années 1850 :

Les postures « parer, tirer en arrière, presser, repousser, cueillir, tordre, donner un coup de coude et donner un coup d’épaule » correspondent aux huit trigrammes (bagua). Parer, tirer en arrière, presser et repousser s’accordent avec les trigrammes qian, kun, kan et li, dans les quatre points cardinaux. Cueillir, tordre, donner un coup de coude et donner un coup d’épaule s’accordent avec les trigrammes xun, zhen, dui et gen dans les quatre diagonales.*

On leur donne des dénominations variables selon les écoles et selon les traductions : huit portes, huit directions, huit essentiels, etc…Cependant, on remarque que, en amont des multiples variantes et interprétations, le socle des huit postures est permanent et immuable.


Dans les premiers écrits concernant le taichichuan, qui, rappelons-le, ne sont pas bien volumineux, on relève également cette réplique dans le dialogue maître-élève attribué à Wu Yuxiang (années 1850)* :


-Le Maître à l’élève : quel est ton maître ?

-L’élève : Vous, vous êtes mon maître.

Le maître : Mais non, ton maître, ce sont les huit directions.


Nous ferons dans d’autres pages des commentaires sur ce dialogue.

Une autre évidence de l’importance du nombre Huit dans les arts martiaux est le nom même d’un art majeur : le baguazhang (八卦掌). En effet le baguazhang signifie la paume des Huit trigrammes. Cet art martial enseigne le déplacement en pas glissés (wapu), en contact permanent avec la terre, de trigramme en trigramme, pour parcourir en huit pas la totalité du cercle, tout en tournant les paumes vers l’intérieur, comme pour en toucher le centre invisible (l’invariable milieu). A partir de ce socle est engendrée une multitude de mouvements circulaires qui font de cet art à la fois une technique de défense très efficiente et une pratique méditative, lorsqu’elle s’accomplit sans adversaire, en tant que mandala où le pratiquant est à la fois le mandala et celui qui le trace.


De la même façon, une des branches du taichichuan intitulée dalu (ce qui signifie le grand déplacement) déploie un enchaînement de quatre techniques dédoublées, inscrites dans un cercle et orientées selon les huit directions.


Au coup d’épaule (kao) répond en reflet un tirer vers l’arrière (lu) et à une poussée (an) correspond un parer(peng) . Un des deux partenaires oriente ces techniques par paires selon les directions cardinales et les obliques. L’autre les oriente à l’inverse dans les obliques et les cardinales. Ils décrivent ainsi à eux deux l’hélice d’un grand mandala.



Le nombre huit est bien ancré dans la psyché chinoise, au point de se nicher dans les us et coutumes séculiers ou superstitieux.

L’homophonie entre le chiffre huit (bā) et le mot prospérité(fā) a engendré une proximité, voire une assimilation des deux termes. La prospérité matérielle est une valeur essentielle et le 8 est un symbole majeur de succès financier et de vœu de réussite.


L’ écriture même du chiffre huit  montre un équilibre, une stabilité tout autant qu’un élan vers le ciel, ce qui en fait un symbole fort d’aplomb, de solidité pour un développement continu et durable.


On sait que les porte-bonheurs s’invitent dans le moindre arcane du quotidien chinois. Les numéros de porte, de téléphone, de plaque d’immatriculation comportant un 8 sont très demandés. Rappelons-nous la date choisie pour l’ouverture des Jeux Olympiques de Beijing (Pékin) : le 8 Août 2008 (soit le 8/8/2008) et on a poussé à l’extrême ce fétichisme pour commencer la cérémonie d’ouverture à 20h08 (8h8)!


Les Chinois choisissent pour se marier une date avec un 8 , le top étant de se marier un 8 Août (8/8). Il y a bousculade pour les préinscriptions ! On pourra déplorer que cette date évince un peu celle du double 7 célébrant lors du septième jour du septième mois lunaire la légende si romantique du Bouvier et de la Tisserande que nous avons évoquée lors de notre page de carnet sur la Fille de Jade. La superstition s’invite dans le modernisme….


JJ Sagot


 


*Le poème des treize postures de Wu Yuxiang, traduction Hélène Callerisa et JJ Sagot

* On attribue la majeure partie des textes de cette époque à Wu Yuxiang tout simplement parce qu’il était un lettré et a laissé des traces écrites alors que la plupart des précurseurs étaient illettrés et s’inscrivaient dans la tradition orale.




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