Une monnaie chinoise, les carnets de JJS, page 70
- Jean-Jacques Sagot
- 27 avr.
- 2 min de lecture
les carnets de JJS, page 70
Une monnaie chinoise

La tradition chinoise prend elle aussi appui sur le symbolisme qui peut s’incarner dans des objets les plus variés. La pièce de monnaie qui a longtemps eu cours en Extrême-Orient (La monnaie est elle-même perçue comme un fluide entre les hommes et les choses) représente une circonférence équivalente à la sphère. Ronde, elle est évidée en son centre par un carré. Il s’agit donc de la concrétisation du domaine de la manifestation, entre la Terre (symbolisée par le carré) et le Ciel (symbolisé par le cercle). Ce lieu s’insère entre deux vides, l’un intérieur, l’autre extérieur, de même que la surface sphérique est à la limite d’un espace intérieur et d’un espace extérieur.
Sur la pièce choisie pour l’illustration, on voit également que soleil et lune sont incorporés au domaine manifesté, délibérément animateurs, en tant que pôles actifs de l’ensemble (identiques, ici, au yang et au yin). La pièce de monnaie « épaissit » la circonférence qui prend corps, mais toujours autour d’un centre vide. Ici, soleil et lune galopent comme les rennes et les chevaux de Lascaux.
Changeant complètement de référence, on peut interroger, à notre façon, la physique contemporaine sur ce point précis de la représentation symbolique de la « solidification » du monde. Entre astronomie qui explore la partie extérieure (ce que la tradition chinoise appelle Tian, le Ciel) et la physique nucléaire qui en explore la partie intérieure (ce que la tradition chinoise appelle Tu, la Terre), la trace concrète apparaît de plus en plus suspendue entre deux vides, pourrait-on dire, ou bien entre deux infinis, l’infiniment grand et l’infiniment petit (termes inappropriés, il est vrai, car l’infini ne peut se diviser, par définition). Plus on plonge vers l’infiniment petit, plus la matière se raréfie, et plus on s’envole vers l’infiniment grand, plus la matière se raréfie.
Pascal était effrayé par le « silence éternel des espaces infinis ». Et de même que le philosophe glissait de l’espace au temps pour les mêmes sensations « Quand je considère la durée de ma vie absorbée dans l’éternité précédente et suivante » , de même aux confins de la physique contemporaine, temps et espace sont confondus : la durée de vie des particules élémentaires tend vers le zéro et la vitesse d’éloignement des plus lointaines galaxies tendent vers la vitesse de la lumière au point de nous échapper.
Temps, espace, vitesse sortent non seulement du champ de la représentation mentale, mais des définitions qui leur avaient été attribuées. Je ne m’avancerais pas dans le domaine des théories actuelles sur la matière et l’antimatière, ni sur les bouleversements induits par la physique quantique qui déchirent les rideaux du temps et de l’espace pour en reconsidérer l’identité.
JJ Sagot










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