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Le soleil et la pluie (3), les carnets de JJS, page 83

il y a 13 heures
3 min de lecture

Les carnets de JJS, page 83


Le soleil et la pluie (3)




J’ai le bonheur de compter Fernando parmi mes amis.


Fernando Millet est Argentin d’origine. Guitariste, concertiste, compositeur, chef d’orchestre, il a bien d’autres cordes à sa guitare comme les arts martiaux, l’astronomie ou le symbolisme. Nos échanges datent de plusieurs lunes et mes dernières pages de carnet ont suscité chez lui une réflexion parallèle avec la musique. Alors plutôt que le paraphraser ou tronquer son message, je le livre tel quel avant sans aucun doute de poursuivre notre dialogue :


Le temps, justement, ne se contente pas de passer… quelle illusion ! Il se mesure, mais surtout il se rythme. Nous avons appris à le découper en secondes, en minutes, en heures, en jours ; nous avons construit des horloges pour tenter de le maîtriser. Mais il suffit d’écouter une musique pour comprendre que le temps n’est pas seulement une ligne qui s’écoule : il devient espace, mouvement, respiration. Une note n’existe véritablement que par le silence qui la précède et celui qui la suit. Un rythme naît de l’alternance entre le son et le silence, entre la tension et le repos, entre l’élan et la suspension. Là encore, ce qui semble opposé devient complémentaire. La musique ne vit ni dans le son seul ni dans le silence seul, mais dans leur relation, dans leur alternance, dans la manière dont l’un appelle l’autre. Le tempo, lui, donne à cette succession une pulsation, comme une respiration fondamentale : accélérer, ralentir, suspendre, reprendre. Et peut-être est-ce là que la musique rejoint le Yi Jing : le changement n’est pas rupture, mais transformation incessante ; le rythme n’est pas répétition mécanique, mais retour toujours différent. Une même mesure peut se répéter, mais jamais exactement dans la même conscience de celui qui l’écoute…le temps musical nous enseigne que la continuité ne vient pas de l’immobilité, mais du mouvement organisé. Je remplacerais « maintenir le souffle » par une notion plus musicale et plus profonde : « faire naître le mouvement » ou « faire vivre le temps ». Cela permet de prolonger naturellement la réflexion sur le rythme.


Comme le soleil et la pluie, comme le jour et la nuit, le son et le silence se succèdent et dialoguent.  L’un ne prend tout son sens qu’à travers l’autre. De cette alternance naît le rythme, et du rythme naît la musique, non pas comme une simple succession de sons, mais comme une manière de donner forme au temps, de le rendre sensible, habitable, presque vivant. Le silence n’est alors plus une absence de musique , il en devient le lieux des possibles, l’espace secret où le son peut naître et vers lequel il retourne. Et, surtout, ce n’est pas la permanence qui crée la continuité, mais l’alternance, le retour, la variation. La musique nous rappelle que le temps lui-même ne se contente peut-être pas de s’écouler. Il pulse, il se contracte et se déploie comme les étoiles, il avance en revenant sans cesse sur lui-même.

Lorsque le rythme se fige, la musique perd son mouvement ; lorsqu’il se désordonne, elle devient bruit. Entre les deux se tient un équilibre subtil, toujours en mouvement. C’est peut-être cet équilibre qui fait que la musique nous touche à des niveaux plus profonds que les mots : elle ne parle pas seulement à l’oreille ou à l’intelligence, mais à quelque chose en nous qui reconnaît, avant même de le comprendre, la tension, le mouvement et le retour à l’équilibre.


Merci, cher Fernando !


Qui veut découvrir la musique de Fernando Millet peut écouter par exemple sur sa plateforme préférée l’album Langage tango ou en apprendre un peu sur son parcours en consultant sa page wikipedia.


Fernando Millet
Fernando Millet


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