Le soleil et la pluie (1), les carnets de JJS, page 81
les carnets de JJS, page 81
Le soleil et la pluie (1)
Oui, nous avons eu un été torride et les conversations se nourrissent de commentaires sur la canicule, la sécheresse, les incendies. Que ce soit sur le versant dramatique, que ce soit sur le versant climatosceptique. Mais enfin, que nous nous tournions vers les scientifiques ou vers le ciel en guettant les rares gouttes d’eau, nous pouvons nous mettre d’accord sur le fait qu’il y a un déséquilibre patent entre le soleil et la pluie.
Consultons le Yi Jing . Que nous dit-il ? Je mets de côté le côté divinatoire du vieux livre chinois et interroge ses sources. D’abord le principe : ce qui est constant, c’est le changement. Ceci n’est pas une loi, un décret, c’est juste un fait incontestable. Cyrille Javary ne manque pas de rappeler dans ses multiples interventions sur le sujet que le monde chinois est celui de l’observation, au contraire du nôtre qui est plutôt celui du concept. Il suffit de comparer nos écritures. Les idéogrammes chinois sont des images avant d’être des mots. Alors avant d’ouvrir le Yi Jing, regardons juste son en-tête : On sait que Jing veut dire grosso modo livre (je reviendrai ultérieurement sur ce terme). Et Yi c’est le changement.

L’idéogramme Yi, qui désigne proprement le changement en tant que principe, est constitué de deux images superposées. Celle du haut représente le soleil et celle du bas la pluie. L’image du soleil a évolué depuis sa représentation première : un point dans un cercle*. Le point deviendra un trait et le cercle un carré, tout simplement avec les déformations dues aux traits de pinceau ou aux moules métalliques. Quant à la pluie, elle se dessine aussi d’une façon évolutive, depuis les petits traits verticaux tombant de la voûte céleste jusqu’au caractère contemporain qui englobe le trait horizontal du ciel, des traits verticaux latéraux figurant les nuages, le trait vertical médian indiquant la direction et les quatre petits points des gouttes d’eau. La version stylisée du changement est celle-ci, qui est bien la pluie sous le soleil, que ce soit au pinceau ou à la machine :
Donc le changement est manifesté par la dualité soleil/pluie, dualité qui s’entend comme une succession cyclique. Ainsi, le changement est incarné par le changement du temps. Les Chinois, peuple de paysans, savent bien que c’est alternance du soleil et de la pluie qui rythme la vie et que cette alternance constitue le principe fondamental du changement incessant, principe immuable si on veut bien cultiver le paradoxe.
Certains sinologues avancent que, à l’origine, les traits verticaux auraient plutôt représenté les rayons de lune et que le couple primordial serait le soleil et la lune. Ceci ne change pas grand-chose dans le principe duel dans la mesure où le changement repose alors sur l’alternance du jour et de la nuit.
Pourquoi pas ? Avant le temps des cultivateurs, il y avait le temps des nomades qui avaient pour seul emblème la voûte céleste. C’est juste une supposition de ma part pour justifier cette antériorité.
L’étude exhaustive du Yi Jing et la référence au rapport analogique permanent entre la forme et le fond propre au monde chinois nous incite à suivre Cyrille Javary quand il relève que l’idéogramme n’apparaît qu’une fois dans les 64 chapitres. « Elégance finale » dit-il en précisant que cette apparition unique se situe dans le texte du trente-deuxième qui a trait à l’hexagramme endurer . Il est donc au beau milieu du livre, comme le pivot de l’ensemble. Le changement est la clé de voûte du système. C’est le rythme du soleil et de la pluie qui équilibre le monde.
*C’est d’ailleurs la représentation en astrologie ou en symbolique occidentale.
Illustration : photo personnelle Estuaire de la Gironde
JJ Sagot










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