Hua Tuo (华佗), l’ « inventeur du Qigong » (suite), les carnets de JJS, page 63
- Jean-Jacques Sagot
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les carnets de JJS, page 63
Hua Tuo (华佗), l’ « inventeur du Qigong » (suite)
A Shanghai, on m’a mis dans les mains quelques petits ouvrages de bande dessinée destinés aux visiteurs francophones pour mieux leur faire connaître l’Empire du Milieu, son histoire, sa culture. Dans cette collection*, un petit fascicule concerne la médecine traditionnelle chinoise. Evidemment le premier chapitre est consacré à l’histoire de Hua Tuo. On le voit chirurgien (des siècles avant Ambroise Paré), anesthésiste (des siècles avant William Morton), herboriste et puis entraîneur de qigong (le mot n’a pas encore été inventé)


On observe dans cet extrait que les techniques gymniques y ont la part belle, que le Jeu des Cinq Animaux y est référencé et que la pratique est collective.
En revenant à la Chronique des Trois Royaumes, dans laquelle sont rapportées quelques anecdotes mettant en scène Hua Tuo, on relève ces paroles qui lui sont attribuées : « Le corps a besoin de mouvements modérés… Il en est du corps humain comme du gond d’une porte qui, actionné, ne rouille jamais… Je possède une technique appelée le Jeu des Cinq Animaux, c’est-à-dire le tigre, le cerf, l’ours, le singe et l’oiseau. Elle permet d’éliminer les maladies… »*.
Ainsi l’histoire officielle entérine l’attribution de la paternité du qigong à Hua Tuo, tout en énonçant ses principes de base. Néanmoins, si on s’interroge sur le contenu du traité de la Moelle du Phénix Rouge*, on remarque que ces exercices font référence à des personnages soit bien antérieurs à l’époque de Hua Tuo comme Gengsang Chu, cité dans le Zhuangzi (ou Tchouang Tseu), soit postérieurs, mais appartenant au Panthéon des immortels comme Fei Changfang*. Le Zhuangzi (VIe siècle avant notre ère), référence obligée dans l’étude des sources de la culture chinoise, comporte déjà des remarques sur les techniques corporelles en citant les postures de l’Ours et de l’Oiseau : « … imiter l’ours se suspendant à un arbre ou l’oiseau prenant son envol, tel est l’idéal de ceux qui veulent entretenir leur corps par la gymnastique… ». Ainsi, on peut penser que ces techniques avaient déjà cours à cette époque, voire à une époque antérieure. Difficile d’en connaître le contexte (qui les pratiquaient ? comment se transmettaient elles ?).
Tiens, tiens, Zhuangzi (Tchouang Tseu) nous parle , depuis le VIe siècle avant notre ère, d’un ours et d’un oiseau ! On peut revenir à la première page de mes carnets, non ?
Quant à Hua Tuo, il fut, dit-on, emprisonné et condamné par le terrible Cao Cao.
Du Capitole à la Roche Tarpéienne, histoire connue…
JJ Sagot
Nous reprendrons le cours de notre carnet après la pause de février, soit le 2 Mars
* Jiang Cheng’an, Histoires des sciences dans la Chine ancienne, Livres du Dauphin, Beijing, 2005.
*Traduction Catherine Despeux in Le Qigong de Zhou Lüjing, p.50.
* La Moëlle du Phénix Rouge Catherine Despeux
*Fei Changfang, moine du VIe siècle de notre ère, qui a conjugué les trois courants majeurs de l’Ancienne Chine, le taoïsme, le confucianisme et le bouddhisme et a été canonisé post mortem.










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