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Taichi & Art gothique (1), les carnets de JJS, page 60

les carnets de JJS, page 60


Taichi & Art gothique (1)


Il y a quelques années, François Loutrel, enseignant de taichichuan de la région occitane, que j’avais côtoyé à la Fédération dans les années quatre-vingt-dix, m’a fait parvenir ce croquis et les considérations qu’il avait inspirées.


C’était le fruit d’une collaboration avec le peintre René Bessière (1929-2011) qui les avait conduits à la publication d’un « Carnet de route » où se conjuguaient dessins de l’artiste et réflexions de l’enseignant. Voici ce croquis :



Il s’agit d’un schéma à partir d’une photo du fameux Yang Chenfu en posture de poussée (en chinois AN). Ce schéma fait apparaître des lignes géométriques que l’on peut détailler ainsi :


  • On trace une verticale passant par le sommet de la tête et s’appliquant au sol au milieu du polygone de sustentation formé par les points d’application des pieds.

  • On repère sur cet axe le milieu du segment tête/sol qui devient le centre d’un cercle sur la circonférence duquel on trouve les paumes des mains et la voûte plantaire du pied gauche.

  • On trace la droite partant de la paume des mains et alignée avec la jambe droite jusqu’à la voûte plantaire. Cette grande oblique passe par le coude, le dantian, la hanche et le genou. Cette droite forme un angle de 45° avec la verticale.

  • On trace la droite horizontale passant par les paumes et les vertèbres cervicales ainsi que celle reliant les mains au pied gauche.

  • On note la convergence de ces trois droites, en particulier celles qui passent par les axes des deux jambes.


René Bessière ose alors comparer cette posture avec celle des arcs-boutants des cathédrales gothiques qui neutralisent l’énorme poussée des voûtes en la ramenant au sol.


Pour ma part, je trouvai cette comparaison on ne peut plus heureuse et y ajoutai mon grain de sel tout en considérant cette posture comme un modèle du style Yang de taichichuan.


En affinant les remarques géométriques et énergétiques, on note la verticale allant du hui yin au bai hui, c’est-à-dire du point le plus bas au point le plus haut du corps (dans la conception classique chinoise) , ce qui induit l’alignement vertical des 3 dantian (3 centres d’énergie, dans l’abdomen, la poitrine et sur le front). On remarque également que les bras sont en double-arc (les coudes disparaissent dans la courbe) ce qui engendre la verticalité des paumes et des doigts. Le regard horizontal passe juste au-dessus des doigts. La jambe avant est bien fléchie, mais la jambe arrière n’est pas en hyperextension et garde une légère flexion au niveau du genou. On pourra , si l’on veut modéliser ce modèle théorique, réviser ses notions de physique, en particulier la relation de Chasles


Dans la comparaison que nous propose René Bessière, on se questionne sur la répartition des forces. S’il s’agit de neutraliser une force adverse, la position est tout-à-fait adaptée. La force adverse s’exerce au niveau des mains mais descend pour chercher à déraciner. Elle peut donc aller jusqu’au pied arrière mais elle y sera neutralisée par un profond enracinement. On peut donc faire la comparaison avec un arc-boutant qui s’appuie sur le sol pour endiguer les forces exercées vers le bas et l’extérieur par le poids des piliers et des murs. L’enracinement en taichichuan, à vrai dire, pourra également être réparti dans les deux pieds, selon différents préceptes.


Dans la majorité des variantes du style Yang, le poids ira quand même en majorité dans l’appui arrière. Dans le cas de la cathédrale, il y a aussi répartition entre la base du pilier (ou du mur) et l’arc-boutant. L’analogie est encore recevable. Quant à la dynamique martiale, elle est produite par un rebond depuis le pied arrière vers les mains, ce qui constitue un aller-retour. L’arc-boutant devient alors non plus un absorbeur d’énergie mais un ressort, ce qui est une façon de comprendre son rôle en architecture.


Et puisque l’on est dans une recherche de similitude entre la posture du pratiquant de taichichuan et une cathédrale, gothique qui plus est, je vous proposerai d’autres réflexions dans la prochaine page de carnet, agrémentées de conceptions moins classiques…

JJ Sagot





Illustration : présentation de l’ouvrage « Carnets de route » chez l’auteur

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