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Le mythe du Père Noël, les carnets de JJS, page 57

les carnets de JJS, page 57

Le mythe du Père Noël


On a vu précédemment que le Roi Arthur était issu de mythes ancestraux et que le symbolisme dont il était porteur transcendait la simple histoire telle qu’elle nous a été rapportée*.


J’engage à la même attitude vis-à-vis du Père Noël et à nous éloigner des sornettes colportées de nos jours (un père Noël inventé par les Américains dont le manteau rouge ferait référence au Coca-Cola !). On s’intéressera plutôt à la rivalité entre la tradition « païenne » du Père Noël et la tradition chrétienne. Dans un petit opuscule fort instructif, Claude Lévi-Strauss étudie un fait historique* : l’autodafé du Père Noël sur le parvis de la cathédrale de Dijon en 1951. Les autorités catholiques brûlaient alors l’usurpateur. En suivant les pas de l’illustre anthropologue, on peut faire le parallèle avec l’éradication par les mêmes autorités religieuses (si ce n’est qu’on était alors au Moyen Age) du Roi-Ours pour installer à sa place un Roi-Lion plus conforme à l’Evangile.


Je renvoie aux études sérieuses sur les origines du Père Noël, en particulier sur son double Santa Claus (Saint Nicolas). Je recommande les recherches de Karin Uelstschi*.

Pour ma part, j’ajouterai quelques considérations d’ordre symbolique, en prolongement de mon étude sur le jeu de marelle qui, on l’a vu, représente en quelque sorte une échelle qui va de la Terre au Ciel (et retour) pour une image de la démarche initiatique.

S’il y en a un qui connaît bien cet incessant va et vient entre Terre et Ciel, c’est le Père Noël. Son jeu de marelle, c’est la cheminée, ce passage étroit, ce grand couloir vertical. C’est le canal entre le haut et le bas, la liaison entre la Terre et le Ciel. Ceux qui l’empruntent assurent cette jonction. En filiation avec Prométhée, Jacob et les archanges, le Père Noël en est un des derniers représentants. Il vient du Ciel, ou de l’Hyperborée dans la tradition nordique, c’est-à-dire du pôle, du zénith terrestre. Il descend dans chaque foyer pour déposer des présents dans les souliers posés là en attente d’un cadeau tombé du ciel. Et si le temps choisi est celui de Noël, c’est parce que c’est le moment unique du solstice d’hiver, la conjonction du pôle de l’année (St Jean d’Hiver) avec le milieu de la nuit : c’est ce que l’on appelle la Porte des Dieux, la seule que peut également prendre le fils de Dieu dans la tradition chrétienne. C’est le fondement du minuit chrétien*.


Il y a ainsi correspondance entre la symbolique spatiale et la symbolique temporelle. Ne doutons pas que le présent dans le soulier soit aussi allégorique. Ce cadeau concrétise la promesse de connaissance, comme le palet de la marelle. Et s’il est déposé dans une chaussure, ce n’est pas non plus anodin : la chaussure est le lieu du pied, de l’impulsion. L’âtre est bien le lieu adéquat : l’âtre, centre du foyer, est le lieu du feu, à la fois lumière et force vitale ascensionnelle.


Des mythes et contes qui témoignent de ce symbolisme, retenons celui de Cendrillon. Rien que l’étymologie de son nom nous met la puce à l’oreille. Cendrillon abandonne son soulier à minuit, elle aussi. Elle ne pourra authentifier son identité qu’en pouvant le rechausser. Alors elle est prête pour l’habit de lumière.


Quant au Père Noël, il vient là au solstice d’hiver pour déposer la graine, promesse de la future moisson au solstice d’été. Karin Ueltschi, en ultime conclusion de son ouvrage érudit l’habillerait bien en vert. Bien sûr, il est porteur du rameau vert pour l’engendrement du nouveau cycle solaire et agraire. En rouge, il sublime l’œuvre de l’accomplissement alchimique. Et puis, quand il pose le pied près des souliers en attente, il peut voir à peu de distance le sapin vert érigé pour l’ascension.

Sapin pour l’ascension, cheminée pour la descente, c’est bien là le double jeu de la marelle, le chemin intégral de la voie initiatique. Le Père Noël montre la Voie !

Dernière remarque : Le Père Noël est du domaine des personnages mythiques, du domaine des Dieux, son aller-retour est du Ciel vers la Terre et retour, tandis que le chemin des Hommes va de la Terre au Ciel et retour. On voit là que le Père Noël n’est pas un concurrent du Christ, puisqu’il montre le même chemin, comme Jacob.


JJ Sagot


*Si la série télévisée Kaamelot pouvait, au-delà d’une gentille pantalonnade plus ou moins réussie, inciter à remonter à l’histoire puis au mythe ! Mais j’en doute un peu.

*Claude Lévi-Strauss, Le Père Noël supplicié, Seuil, 2013

*Karin Ueltschi, Histoire véridique du Père Noël, Imago, 2012

*JJ Sagot, Promenade curieuse à travers des forêts de symboles, Le Livre en papier, 2020


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