Le Bouvier et la tisserande Commentaires (2), les carnets de JJS, page 75
- Jean-Jacques Sagot
- il y a 22 heures
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les carnets de JJS, page 75
Le Bouvier et la tisserande
Commentaires (2)
Nous pouvons continuer nos commentaires à propos de notre conte en suivant les considérations « modernes ». On y verra l’attribution impérieuse (impériale) des places immuables : le paysan à sa condition sociale , la tisserande à la sienne. C’est-à-dire la nette distinction de ce qui est du registre masculin et du registre féminin, ou encore la partition des classes sociales représentée par le tabou de l’union d’une princesse et d’un croquant.
On peut y voir aussi la fermeté absolue de la règle érigée par les parents ou par le pouvoir d’une façon plus large représentée ici par le diktat de l’impératrice.
On peut aussi y glisser le petit échappatoire annuel où il est possible d’enfreindre les règles mais seulement temporairement, comme exutoire à la condition pérenne : c’est exactement le même enjeu dans les fêtes carnavalesques.
Je suis allé faire un tour sur ce qu’en dit l’IA et en tirer quelques enseignements : l’IA ne développe que ces thèmes que je qualifie, à défaut d’un terme plus opportun, de « modernes ». Je laisse chacun à ses considérations sur ce nouveau moyen de laminage de la culture et de la pensée symbolique.
Tentons plutôt d’éveiller des réflexions d’ordre analogique :
Les rapports entre le Ciel et la Terre sont fondamentaux depuis toujours et en tout lieu. On a été lire dans le Ciel son influence sur la Terre. L’agriculture, par exemple, est liée aux cycles du ciel (le temps, les mouvements du soleil et de la lune, etc…) ou encore l’astrologie et bien sûr la plupart des rites*. La descente de la princesse céleste et son union avec le paysan s’inscrivent dans cet espace primordial. Nous pouvons y voir en filigrane l’axis mundi et même la conjonction des deux polarités fondamentales. On remarquera que c’est une jeune fille qui est dans l’orbe céleste et un jeune homme sur le plancher des buffles. Il y a analogie avec le couple formé par Fuxi et sa sœur-épouse Nuwa : quand le compas (symbole du Ciel) est l’attribut de Fuxi et l’équerre (symbole de la Terre) celui de Nuwa, tout est figé. Quand ils s’entrelacent (avec leurs queues de serpent), il échangent leurs outils : c’est au ciel que se trouve le principe féminin et on dira le yin yang et non le yang yin.

Comment ne pas voir une analogie avec la mythologie grecque ? Celle-ci est sous-tendue en permanence par l’implication du monde divin dans le monde humain. Ne prenons comme exemple que l’Iliade. Les Hommes n’y sont pas des marionnettes mais leur destin n’est pas de leur ressort… Homère, je me fourvoie? Et la mythologie chinoise, au regard de ce conte, est basée sur le même principe.
Quant au rapport entre le laboureur et son buffle, il renvoie à l’inscription humaine dans le monde animal. Le buffle qui « parle » à l’homme, on peut le voir comme « magique » ou encore purement imaginaire, mais si c’était un vestige des liens de l’humanité ancienne avec son appartenance au monde du vivant ? On entrerait là de plein pied avec les considérations très contemporaines des philosophes et anthropologues du vivant (Philippe Descola, Bruno Latour, Baptiste Morizot…)
Et à la Voie Lactée, le Pont des Pies ? ça mérite une page entière, ce sera la prochaine.
JJ Sagot
*La Table d’émeraude : « Ce qui est en bas est comme ce qui est en haut pour l’unité d’une seule chose ».
Illustrations : Fuxi et Nuwa, poster chinois contemporain










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