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Le soleil et la pluie (2), les carnets de JJS, page 82

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les carnets de JJS, page 82


Le soleil et la pluie (2)



Le Yi Jing, le livre des changements, vient de nous dire que c’est le rythme du soleil et de la pluie qui équilibre le monde, que l’idéogramme changement est même construit sur cette dualité. Le soleil et la pluie sont des phénomènes qui ont engendré des symboles essentiels pour l’écriture, pour le langage donc pour la pensée. Ils s’appuient, en amont, sur deux des éléments fondamentaux du monde manifesté, dans le monde oriental tout autant que dans le monde occidental. En effet, les cinq éléments chinois sont la terre, l’eau, le bois, le feu et le métal tandis que les cinq du monde grec sont la terre, l’air, l’eau, le feu et l’éther. L’eau et le feu sont communs aux deux systèmes.


L’arrangement des éléments de la tradition indo-grecque s’appuie sur le schéma suivant : les éléments constitutifs sont la terre et l’air qui structurent symboliquement le monde dans sa dualité. On peut y concevoir sur le même modèle l’intérieur et l’extérieur, le bas et le haut, la matrice et le géniteur, etc… Mais cette dualité reste figée, inerte si elle n’est point animée. C’est l’autre couple, l’eau et le feu qui est chargé de cette animation. On s’appuiera sur l’étymologie pour voir qu’animer, c’est donner une âme, l’anima latin, pneuma en Grèce, atma en Inde, qi en Chine, ki au Japon. On pourra traduire en français par le substantif souffle. Le chinois est sur le même modèle puisque le qi fait référence aux nuages qui sont formés par la conjugaison de l’eau et du feu.

On remarque que ce couple antagoniste est basé sur une alternance ou, en tous cas, sur un dosage équilibré. Eau et feu sont autant opposés que complémentaires. Si le déséquilibre dépasse une certaine limite, le couple disparait au profit de l’un ou l’autre des deux éléments sans espoir de retour. L’excès de l’un entraîne la disparition de l’autre. Trop d’eau éteint le feu et trop de feu fait évaporer l’eau. Mais l’un allié à l’autre et la vie s’épanouit. Pluie et soleil pour nourrir le vivant, végétal et animal.

On sait bien que la vie est née dans l’eau et qu’elle n’a pu apparaître qu’avec la chaleur et la lumière du soleil.


Nos paysans chinois savaient bien que trop d’eau fait pourrir les récoltes et trop peu d’eau les assèchent. L’équilibre naît non pas d’une simultanéité mais d’une alternance. Cette alternance doit suivre un rythme. C’est de ce rythme que naît la continuité, le maintien du souffle, l’animation, la vie. Si l’harmonie rythmique est rompue…

Le désordre climatique contemporain, s’il est étudié, analysé, expliqué avec les méthodes éminemment précises de la science moderne, s’il est perçu à l’œil nu tant son accélération est palpable, se comprend aussi avec le symbolisme archaïque sur lequel sont construites nos civilisations, nos langages et nos pensées.



A la question « Qu’est-ce que vivre ? » Homère l’aveugle répondait « Oran Phaos helioïo » « C’est percevoir la lumière du soleil »! 


Fasse que le monde n’arrive pas au point que le soleil soit vu comme un ennemi.

Fasse que l’idéogramme du changement reste ordonné et non pas disloqué.

             


JJ Sagot





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