Le Bouvier et la tisserande Commentaires (1), les carnets de JJS, page 74
- Jean-Jacques Sagot
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les carnets de JJS, page 74
Le Bouvier et la tisserande
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Ce conte est un des plus populaires en Chine. Les raisons de cette popularité sont multiples et les unes résonnent dans les autres. On peut considérer sans trop se risquer que ce conte prend naissance dans l’observation des étoiles, de leurs places, de leurs rapports, de leurs mouvements selon les saisons. On ne redira jamais assez que le ciel fut l’unique grand « livre » pendant des millénaires et donc le creuset universel des mythes et symboles.
Au départ, notre histoire s’appuie sur deux étoiles dénommées aujourd’hui Vega et Altaïr. Vega est l’étoile la plus brillante de la constellation de la Lyre et Altaïr la plus brillante de la constellation de l’Aigle. On les repère facilement dans les ciels d’été de l’hémisphère nord, tant elles sont brillantes . Associées à une troisième, Deneb de la constellation du Cygne, elles forment un triangle très célèbre car c’est une des figures les plus faciles à distinguer (Vega en haut et Altaïr en bas du triangle). Les enfants y arrivent facilement !
De plus, entre nos deux étoiles, on aperçoit la grande trainée blanche de la Voie Lactée (surtout si l’on s’éloigne de nos ciels nocturnes pollués par les lumières artificielles)
Leurs noms pérennisés aujourd’hui semblent provenir du grec ou du latin. Que nenni, il faut se rapprocher des astronomes arabes qui y voient deux rapaces, l’un plongeant en repliant ses ailes ( an-nasr al-wāqi qui donnera Véga) l’autre, au contraire étendant ses ailes pour planer (an-nasr aṭ-ṭā’ir, d’où Altaïr).
Les Chinois les ont baptisées des patronymes Zhinü et Niulang.
Zhi 织 signifie tisser et Nü 女 signifie jeune fille
Niu 牛 signifie bœuf et Lang 郎 signifie jeune homme
Donc nous sommes déjà dans les prémisses de notre mythe car Véga , c’est la jeune tisserande et Altaïr le jeune gardien de troupeau. On remarquera que la tisserande est la plus haute dans le ciel tandis que le bouvier est le plus bas. Ce qui augure de l’appartenance de l’une au monde céleste et l’autre au monde terrestre.
Il ne manque plus que le long nuage blanc qui les relie et le petit détail qui a son importance : les deux toutes petites étoiles qui jouxtent Véga dans la constellation de la Lyre. Difficile de les voir, il faut s’appliquer ! Mais elles ont toute leur place dans le mythe.
Ensuite, cet « arrangement » céleste (j’aime beaucoup de mot employé par Marcel Granet) va engendrer le mythe raconté la page précédente. Selon les époques et au gré de la psyché chinoise, il va endosser nombres d’interprétations, en particulier quant à l’ordre nécessaire parmi la communauté humaine (on pourra s’appuyer alors sur l’ouvrage de Romain Graziani Les Lois et les Nombres)

JJ Sagot










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