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Le Bouvier et la tisserande : Le Pont des Pies, les carnets de JJS, page 77

les carnets de JJS, page 77


Le Bouvier et la tisserande

Le Pont des Pies


Revenons à nos deux amoureux séparés par la rivière infranchissable figurée par la Voie Lactée. Infranchissable ? Non, une fois par an, l’Empereur (ou l’Impératrice, ça dépend des versions) a bien voulu qu’ils se retrouvent. Mais comment franchir cette rivière ? C’est alors que des milliers de pies se réunissent et, en s’assemblant, forment un pont. On ne sait pas si c’est pour que l’un rejoigne l’autre sur sa rive ou s’ils se rencontrent au beau milieu du pont…La légende ne précise pas ce détail.


Par contre, ce que l’on sait, en vertu de la correspondance entre le corps humain et le cosmos, c’est qu’on va retrouver ce pont dans notre propre corps. Deux courants fondamentaux régissent la Petite Circulation Céleste, située sur le plan médian antéro-postérieur du corps (tronc et tête ). Un Yang ascendant et un Yin descendant. Le grand méridien Gouverneur et le grand méridien Conception. Nous reviendrons sur ce fondamental de la physiologie traditionnelle chinoise, quand nous ferons nos commentaires sur la Carte de la Culture de la Perfection. (voir pages 42 & 43)

On sait d’où part le méridien Yang : du dantian inférieur (le point originel situé dans l’abdomen, au niveau du centre de gravité du corps humain). On sait où arrive le méridien Yin : au même endroit. Il y a donc conjonction à cet endroit. Mais l’arrivée du méridien Yang c’est dans la bouche au niveau du palais supérieur et le départ du méridien Yin c’est dans la bouche au niveau du palais inférieur. Pas de conjonction, pas de rencontre possible des deux grands méridiens à la fin de l’inspir. La bouche est une grande cavité, grande comme le monde. D’ailleurs le palais supérieur forme une voûte comme le Ciel et le palais inférieur est plat comme la Terre. Et dans la bouche, la salive, comme un élixir précieux, s’étend comme… des myriades d’étoiles, comme la Voie Lactée, non ?


Pas de rencontre possible alors ? Eh bien si, un pont est possible entre le haut et le bas, c’est l’affaire de la langue. Si celle-ci au lieu de se prélasser à plat sur le palais inférieur vient se coller au palais supérieur, elle constitue un pont pour la jonction du yang et du yin, du jenmai et du tumai, les deux grands méridiens. Ainsi la boucle est bouclée, le flux coule sans entrave dans les deux canaux et passe de l’un à l’autre sans temps d’arrêt par le Pont des Pies, c’est-à-dire la langue. C’est ce qu’on appelle la Petite Circulation Céleste.


Petite ? Il y aurait une Grande , alors ? Mais oui, mais ce sera pour une autre fois.

Vous avez déjà vu des petites statuettes de sages taoïstes ? On dirait qu’ils sourient tout le temps, les commissures des lèvres relevées. Bien sûr ils sourient, mais c’est surtout parce que leur langue, leur Pont des Pies est toujours en bonne position !


JJ Sagot


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