Le nombre Huit (4)L’octogone
- Jean-Jacques Sagot
- il y a 2 jours
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les carnets de JJS, page 67
Le nombre Huit (4)
L’octogone
Pour terminer (momentanément)ces réflexions sur le nombre Huit, il nous faut bien revenir à la base, c’est-à-dire la géométrie.
Prenons la figure plane la plus simple, celle d’un polygone régulier de huit côtés et huit angles égaux. Il s’agit de l’octogone.
Il existe plusieurs façons de le tracer. Si l’on reprend la rose des vents qui est la représentation la plus simple pour les huit directions telles que nous les avons évoquées dans les arts corporels chinois, en partant du milieu et en traçant des segments égaux, on a le tracé suivant :

Une autre façon de tracer est de partir d’un carré et de le faire pivoter autour de son centre pour en obtenir un second dont les côtés sont parallèles aux diagonales du premier. On a ainsi une figure qui associe un carré stable et un carré animé (c’est l’appellation chinoise*). Un carré dont les côtés figurent les verticales et les horizontales est symbole de stabilité alors que le second « posé » sur la pointe est vu comme en déséquilibre potentiel, donc symbolise le mouvement. L’association des deux, qui engendre également l’octogone, conjugue les deux principes d’immutabilité et de transformation ou encore de la permanence et de l’impermanence. On peut vérifier que les sommets sont équidistants, ce qui confère la régularité au polygone apparu.

En poursuivant avec cette géométrie empirique (mais c’est de là que provient la contemporaine), on peut interroger l’octogone. Si l’on considère les symboles fondamentaux de la Terre et du Ciel, le Carré et le Cercle, on voit bien que l’octogone tient des deux. Il serait alors l’interface, le reflet réciproque de la Terre et du Ciel.
En amont du fameux problème de la quadrature du cercle (qui permet de projeter le Ciel sur la Terre) on peut continuer avec l’empirisme et le « bricolage » pour envisager le tracé d’un cercle depuis le carré : Le principe est de faire tourner un carré autour de son centre. On commence, en dédoublant le carré initial, par tracer l’octogone. Si l’on réitère la manœuvre, en faisant pivoter l’octogone de façon à faire apparaître un polygone régulier de 16 côtés, on obtient un hexadécagone. Si l’on continue ces dédoublements, les limites entre les sommets vont s’amenuiser et l’on va tendre vers une configuration circulaire.

L’octogone apparait donc comme l’étape intermédiaire entre le carré et le cercle, entre la Terre et le Ciel. C’est ainsi que dans de nombreuses églises, par exemple dans les magnifiques églises orthodoxes en Grèce, l’octogone est apparent dans le bâti entre nef et dôme.

L’octogone peut être vu comme la clé pour le monde céleste, cette clé que se sont transmise les bâtisseurs de l’Art Royal, la quadrature du cercle*.
En s’interrogeant sur le ternaire Terre/Homme/ Ciel que l’on retrouve dans la plupart des traditions (dont la chinoise, bien sûr), on se dit que l’Homme et l’Octogone ont quelque chose d’identique ou en tous cas de commun. On peut y trouver une résonance pour la fameuse réponse du maître à l’élève que nous avons évoquée à la page précédente.
Et puis comment ne pas s’émerveiller devant le jeu de marelle à huit cases pour aller de la Terre au Ciel…et en revenir* ?
JJ Sagot
*Les amateurs de taichichuan peuvent voir ici la raison intrinsèque des orientations de la posture appelée la Fille de Jade (voir page 10 des carnets).
*La quadrature du cercle sera l’objet d’une page ultérieure
*Cette étude déborde tellement le cadre d’une page de carnet que je lui ai consacré un ouvrage entier (Editions Maïa, Paris)
*Illustration : Labyrinthe de la cathédrale d’Amiens










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